L’œuvre et la vie de Marguerite de Navarre, un plaidoyer pour la tolérance

mardi 27 juin 2006 par MP

A propos de la conférence de Madame Françoise Michaud-Fréjaville, historienne, maître de conférence à l’Université d’Orléans, donnée à l’occasion du centenaire du Lycée Marguerite de Navarre, le 2 avril 2004.

Marguerite de Navarre est la fille de Charles d’Angoulême, et la sœur de celui qui deviendra François 1er quand il accédera au trône de France, en 1515. Son père meurt en 1496 alors qu’elle n’a que quatre ans. Elle sera élevée hors de la maison d’Angoulême, et épousera Charles d’Alençon en 1509. Elle est veuve en 1525. Quatre années plus tard, celle que François 1er avait faite Duchesse du Berry se remarie avec Henri d’Albret et devient Reine de Navarre. François s’éteint en 1547 et Marguerite deux ans plus tard, laissant à la postérité une œuvre littéraire de premier plan.
Au cours de cette conférence, Françoise Michaud-Frejaville n’a pas abordé le rôle politique joué par Marguerite de Navarre. Son propos a porté essentiellement sur son éducation (le sujet allait de soi dans le lycée qui porte son nom) et sur les idées de tolérance qui l’animaient. Tolérance qui s’exprime tant dans le domaine religieux que dans le domaine moral.

Orpheline de père très jeune, l’éducation qu’elle reçoit s’articule autour de trois grands axes. Il y a d’abord tout ce qui touche au corps. Marguerite par exemple sait nager et monte à cheval, ce qui n’est pas chose si fréquente à cette époque. Ce thème du corps sera d’ailleurs récurrent dans son œuvre et nourrira sa sensibilité poétique. Mais Marguerite reçoit aussi l’éducation qui convient à une jeune fille de son temps et de son rang. Elle sait broder et prend même goût à cette activité. Enfin, troisième aspect - le plus important - de cette éducation, elle reçoit une formation intellectuelle de grande qualité, marquée par un humanisme italianisant structuré autour du latin, du grec et de la philosophie. De cette formation humaniste, elle gardera notamment un goût prononcé pour les études grecques. C’est par son entremise que Bourges voit arriver dans son Université le grand helléniste Jacques Amyot, qui séjournera dans la capitale du Berry de 1534 à 1546.

De 1521 à 1524, elle entretient une correspondance importante avec Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux. Ces années sont celles où se dégage et s’affirme en elle un christianisme original, marqué par le renouveau qui aboutira bientôt à la Réforme. Marguerite vit sans doute à cette époque une période de désarroi spirituel et trouve un secours précieux auprès de Briçonnet. L’influence de l’évêque de Meaux demeurera persistante dans toute l’œuvre ultérieure de Marguerite de Navarre, en particulier dans le Dialogue en forme de vision nocturne, Prisons, Miroir de l’âme pécheresse. Il convient de noter aussi, à cette époque, la présence à ses côtés d’un personnage qui jouera un rôle important dans sa maturation spirituelle, l’aumônier et prédicateur Michel d’Arande.

La princesse est-elle demeurée catholique jusqu’à la fin de son existence, ou bien s’est elle convertie au luthéranisme, comme le laisserait supposer la composition de son entourage à Nérac ? On sait qu’elle protégera Marot, Lefèvre d’Etaples et bien d’autres intellectuels qui prendront parti pour la Réforme. Certes, elle ne pouvait manquer, de par ses amitiés, d’être marquée par l’esprit d’examen qui soufflait sur l’époque. Mais elle ne poussera jamais l’audace jusqu’à rompre avec l’Eglise. Amoureuse inconditionnelle de la liberté, son attitude vis à vis des croyances religieuses est marquée avant tout par la tolérance. Pour celle qui a écrit « Où est l’esprit divin, là est la liberté parfaite », l’accès aux vérités divines ne pouvait passer que par un acte de liberté. Au reste, après avoir soutenu Calvin, elle condamnera son intransigeance avec la même vigueur qu’elle avait repoussé le fanatisme catholique.

Cet esprit de tolérance transparaît également dans le domaine moral. La considération d’une nature humaine pétrie de faiblesses - faiblesses du corps, de la chair, et de l’esprit - devrait nous incliner à tolérer les manquements d’autrui. La première des vertus pourrait bien être la charité, cette disposition du cœur qui nous commande d’aimer notre prochain en dépit de sa faiblesse. D’ailleurs, quand bien même nous ne défaillirions point, toute chose humaine étant marquée par la finitude, il est certain qu’au bout du compte, nous ne pouvons qu’être déçus et par nous-mêmes, et par nos semblables. Cette vision sombre de notre condition pourrait déboucher sur la mélancolie si ne s’y superposait ce que l’on pourrait qualifier, à la manière moderne, une éthique de la communication bien visible en particulier dans l’Heptaméron, son œuvre la plus connue. Dans ce recueil de récits inspirés de Boccace et encadrés de conversations, compte moins la morale qui se dégage de chaque nouvelle que l’occasion qui est donnée à ceux qui l’entendent de rompre leur solitude en échangeant divers points de vues sur les situations décrites et sur les problèmes qui s’en dégagent.

En somme, pour Marguerite de Navarre, la règle d’or qui devrait inspirer aussi bien nos rapports avec nos semblables que notre relation aux croyances diverses, est d’accepter les autres tout en restant nous-mêmes. Tolérance et ouverture à l’autre, mais aussi sincérité (« Sans regarder derrière, vient avant »), le message de cette grande dame humaniste vaut sans doute encore pour notre temps.


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