L’éducation des filles ou "le chemin de longue étude"

mercredi 18 juin 2014
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Christine de Pisan et son "Chemin de longue étude"

Si aujourd’hui, dans le système scolaire mixte, rien ne distingue les filles des garçons, la question de l’éducation et de l’instruction des filles a soulevé dans le passé des polémiques et des débats passionnés qui ont duré jusqu’au 20ème siècle. Ainsi, jusqu’à la fin du 19ème siècle presque, faire des études fut un privilège réservé quasi exclusivement aux garçons. Rares furent ceux qui admettaient que les filles aient une intelligence et sachent s’en servir.

En 789, Charlemagne, instituant en quelque sorte l’école, édicta que tous les enfants apprennent à lire et à écrire. Pour cela, les filles fréquentent les « petites écoles », placées sous le contrôle de l’église et parfois mixtes : pas de réelle scolarisation, pas de programme précis, pas de cohérence pédagogique. Les garçons des familles aisées, dès le 15ème siècle, peuvent aller à l’université (une douzaine sont ouvertes) et, au 16ème siècle, dans des collèges secondaires, religieux, qui, peu à peu, se mettent en place. Qu’attendait-on des filles ? Qu’elles deviennent des épouses et des mères parfaites, de bonnes chrétiennes, et, selon leur condition sociale, qu’elles aient de bonnes manières ou soient résistantes au travail - qu’elles sachent lire, écrire et compter, un peu... Pourtant quelques privilégiées, issues de familles lettrées, sous la conduite de précepteurs cultivés, acquièrent des savoirs approfondis : les filles ont donc une intelligence, tout comme les garçons... Certaines revendiquent le droit à l’instruction, pour toutes. Rien ne bouge, même lorsque des hommes éminents reconnaissent l’égalité des sexes et proposent pour elles des programmes étoffés. La seule réalisation d’État est l’Institution de Saint-Cyr, fondée et dirigée par Madame de Maintenon, selon une véritable politique pédagogique.

Au 18ème siècle, les structures scolaires restent calquées sur les structures sociales : pour opérer un changement, il faudrait une volonté de légiférer qui institutionnalise l’enseignement à tous les niveaux.

En 1792, Condorcet déclare à l’assemblée que l’instruction doit être le fait de l’État et s’étendre à tous et à toutes, garçons et filles, sans distinction sociale. Les circonstances politiques empêcheront l’application des lois pourtant votées.

Le 19ème siècle est alors celui de tous les combats. L’instruction primaire pose moins de problèmes que l’enseignement secondaire : c’est la jeune fille qui intéresse les politiques. Elle représente « l’épouse et la mère de demain ». Quelles que soient les convictions, laïques ou religieuses, tous s’accordent : c’est elle essentiellement qui transmet les valeurs morales aux enfants. Ce rôle fondamental d’éducatrice implique une grande vigilance dans sa propre éducation. Mais l’État ne se donne pas encore les moyens de légiférer. A une époque très marquée par un fort sentiment religieux, l’église a acquis le quasi monopole de cette éducation qui relève plutôt de la direction de conscience. En 1850, la loi Falloux assoit officiellement le pouvoir des congrégations enseignantes.

Victor Duruy, en 1867, instaure les « cours secondaires féminins », bravant la résistance farouche des autorités religieuses. Ces cours firent long feu ... En 1880, enfin, Camille Sée fait voter une loi créant des « établissements secondaires féminins » : collèges et lycées d’État. La généralisation de ces créations demanda du temps, les obstacles - religieux, politiques, économiques - étant nombreux. Ainsi, à Bourges, en 1904, fut créé un collège de jeunes filles, devenu lycée en 1921, alors que le premier lycée de filles avait vu le jour à Montpellier en 1881. Il faut attendre 1924 pour que soient alignés les cursus des lycées de filles et de garçons et qu’il n’y ait plus de baccalauréat « sexué ». Tous les progrès dans l’enseignement féminin suivront alors la législation sociale. Les « pionnières » dans l’université verront leurs efforts récompensés : en 1930, peu de grandes écoles sont encore fermées aux filles.

Le cadre ainsi défini, restait à réunir dans un même établissement filles et garçons : commencée avant 1968, pour des raisons économiques, la mixité devient effective dans les années 1970. Dernière étape d’un long chemin vers la parité ? Aujourd’hui, théoriquement, la scolarité des filles est identique à celle des garçons. En réalité, l’égalité des chances est loin d’être atteinte. Malgré les efforts de l’institution, certaines voies d’orientation scolaire et professionnelle sont encore délaissées par les filles qui, inconsciemment, portent toujours le poids des traditions.

R. FOURNIER, Professeure de Lettres

MF. TISSIER, Proviseure

J. ZEVACO-FROMAGEOT, Professeure de Lettres

Article publié initialement dans Cher Education, numéro 60, mai 2004, à l’occasion du centenaire du lycée de jeunes filles de Bourges.


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